Lundi 12 novembre 2007
Ce week-end passé loin d'Ernest aura été à la fois agréable et propice à la réflexion, et suffisamment occupé et social pour éviter tout ressassement. Tout ce qu'il fallait en somme !
Kiwi merci pour ta réponse. Je pense comme toi qu'il faut envisager le pire avant afin de savoir quand arrêter. Ici nous ne sommes pas limités par l'aspect financier, ce qui est une bénédiction pour la plupart, mais qui peut aussi pousser à des abus. Et surtout, quoiqu'on décide, le faire avec coeur et conviction, et pas y aller à reculons.
 
Ca peut paraître prétentieux ou bizarre, mais pour ma part je me sens prête à passer dès maintenant à l'adoption. Je me sens prête à vivre avec le fait que j'ai eu le choix de suivre des traitements pour avoir un enfant biologique, mais que je ne suis pas allée jusqu'au bout, et je ne pense pas avoir de regrets. J'aimerais vivre une grossesse et un allaitement, mais je peux imaginer ma vie sans.
 
Ernest n'est pas encore prêt à ça, et bien sûr c'est une décision qui se prend en couple. Nous allons donc essayer tout au moins la première étape. Malgré ce que j'ai écrit plus haut je me sens en même temps très optimiste. Après tout ça peut aussi marcher sans sortir l'artillerie lourde.
 
Nous avons beaucoup parlé et il sait que je crains énormément ce parcours et que je n'ai pas signé pour la totale. Il le craint aussi mais la peur d'avoir des regrets est plus forte pour le moment. Je me sens toute la motivation pour commencer sans arrière-pensée mais je veux savoir que je peux renoncer à chaque étape. Il est d'accord avec ça et il va réfléchir à l'adoption un peu plus en parallèle. En espérant que nous serons synchrones et que si besoin nous arriverons à décider un moment d'arrêt avant que je n'en puisse plus, mais également de façon à ne pas lui laisser de regrets à lui.
   

 

 

   

Passé le choc d'apprendre qu'il est certain qu'on ne pourra pas avoir d'enfant sans assistance, c'est quand même un soulagement énorme de trouver quelqu'un qui écoute, propose des solutions, des choix. Je suis immensément reconnaissante à ce médecin de me redonner confiance dans la médecine. Rendez-vous compte, il a écouté quand j'ai parlé de mes saignements, répondu à nos questions, admis à plusieurs reprises qu'il ne savait pas répondre, et qu'il ne pouvait pas être sûr à 100 % de ce qu'il avançait, et lorsqu'il a parlé des timings des traitements, il a même dit sans que je dise rien "ah, mais avec vos saignements, vous avez peut-être du mal à savoir quand vos règles commencent". Je l'ai assuré que je le savais quand même à quelques jours près, grâce à la température entre autres. Mais j'ai apprécié. Beaucoup.
 
Si le premier cycle de stimulation fait la moindre différence quant aux saignements je pense que mon optimisme sera renforcé, car je suis toujours persuadée qu'ils sont un symptôme important et révélateur. Même si lui en doute, ça cadre assez bien avec le timing, le fait que je les vois empirer progressivement depuis deux ans, et quelques témoignages dont celui dont je parlais dans le dernier article. Si ce n'est pas le cas, je réfléchirai à nouveau.
 
Le point qui me fait douter est le test de Hünher négatif, qui me fait penser qu'il y a peut être deux problèmes empilés, et si c'est le cas la stimulation risque de ne résoudre que le premier.
 
Deux grosses peines me restent : d'abord, même si ça fonctionne et que nous avons un bébé ce coup-ci, si l'hypothèse du médecin est juste et que mon état va en empirant, ce sera encore plus difficile pour le deuxème, voire impossible. Et je pense qu'on aura du mal à être contents avec un seul enfant.
Ensuite, si mes ovaires sont vieux et fonctionnent mal, qu'en est-il de mes autres organes ? Suis-je en bonne santé... ?
    
par Mitzie publié dans : Médecine
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Jeudi 8 novembre 2007

A chaud :

Docteur différent de la première fois, sur ma demande. Il a 30 minutes de retard, nous dit qu'on a de la chance que la personne précédente ait oublié de venir, ça lui permet de rattraper un peu, il avait donc 1h30 de retard ! Bon ben au moins on se dit il va pas nous expédier.

Effectivement, même si le bonhomme n'est pas particulièrement sympa, il semble entendre ce qu'on lui dit, il explique en termes clairs et sans qu'on ait l'impression d'être pris pour des imbéciles, réfléchit tout haut, et propose une course d'actions en argumentant, tout en écoutant nos demandes et en nous laissant le choix en dernier ressort. Donc +++ de ce côté là.
 
Là où la visite est ---, c'est dans le contenu : il dit que plusieurs indices dans mes analyses suggèrent, sans que mon état soit catastrophique, que ma réserve ovarienne semble diminuée, "comme celle d'une femme de 38 ans environ", qu'il ne souhaite pas attendre trop longtemps car ça peut évoluer rapidement dans le mauvais sens, et nous recommande une FIV ICSI dans trois mois, six au pire, enfin il va présenter le dossier comme ça. Et en attendant, essayons des stimulations par injections, mais sans conviction.
 
Et tout ça, on ne sait pas si on y est prêts, là, maintenant, tout de suite.
Ernest fond en larmes à la sortie, moi je me sens bizarrement flotter. Va falloir qu'on prenne une décision. On y va ou on y va pas.
 
Des arguments pour et contre me passent comme des flashs à travers l'esprit
- C'est un technicien, il veut utiliser les trucs les plus à la pointe, le reste c'est pas drôle
- 2 ans, ça fait DEUX ans, *tain
- Je suis en train de faire une psychothérapie, ça va peut-être dénouer des choses ; rien dans mon histoire personnelle ou familiale n'explique ce problème, ça doit être psy
- Une FIV, 20% de chances à chaque cycle pour un couple avec une infertilité inexpliquée. 20%. 1/5. Sans garantie, si tu perds repasse par la case départ sans toucher quoi que ce soit.
- Voir le perron de cet hopital 3 fois par semaine, sur des mois.
- Il dit pas d'effets secondaires, quel pipeau. Sur quoi d'autre a t-il menti ?
- Me lever aux aurores pour aller me faire faire des piqûres et des échos. Souvent.
- Rapports sexuels à date forcée. Tous les mois. Et puis obligatoires (on se tape pas des injections d'hormones pour le fun non plus). On en est capables ?
- Toujours pas grand chose sur ces saignements... il semblait dire que peut-être, par chance, ça allait diminuer avec une stimulation, mais peut-être pas.
- Fais pas ta chochotte, que sont quelques piqures et rendez-vous contre un enfant ? Ca sera vite oublié.
- Si tu refuses et que vous vous retrouvez à 40 ans sans enfants vous ferez quoi ? Et à 70 ans sans petits enfants ? A 80 ans toute seule...?
- Si tu acceptes et que dans deux ans vous vous retrouvez sans enfant, vous ferez quoi ? Vous aurez le courage de partir sur un parcours d'adoption ?
 
On a environ 3 semaines pour décider si on fait la première étape : stimulations par injections de gonal. Ca signifie 5 piqûres, 1 écho, 1 piqûre plus grosse, rapports sur commande.
 
Voilà où j'en suis ce soir. Encore très fouillis dans ma tête. Pas encore discuté avec Ernest.
par Mitzie publié dans : Médecine
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Lundi 1 octobre 2007
J'ai pris rendez-vous chez une psychothérapeute.
Ce que j'ai aimé, c'est qu'elle a une petite page web où elle explique relativement clairement ce qu'elle fait, pour qui, comment, et avec quelles méthodes, et pour quel tarif. Elle dit aussi qu'elle travaille avec des... s'en suit une liste de soignants, médecins ou non, pour optimiser l'efficacité des traitements.
Au téléphone, elle m'a donné un rendez-vous pour la semaine suivante, en me disant que la séance durerait 45 minutes et coûterait 50 euros. J'apprécie la clarté. Je suis assez curieuse de voir ce que ça va donner !
 
Ca me donne une occasion pour faire un petit bilan. Depuis le début de notre désir d'enfant, j'ai consulté pour cela :
un généraliste
une généraliste - gynécologue
une gynécologue
une gynécologue spécialisée en PMA
une ostéopathe
une étiopathe
un acupuncteur
demain, une psychothérapeute.
Et je pourrais rajouter le généraliste vu par Ernest
Le docteur du labo que nous avons vu tous les deux
La sage-femme
Vendredi, le radiologue
Le mois prochain, un autre gynécologue spécialisé en PMA.
Ca commence à faire du monde !
 
De toutes ces personnes, seule l'étiopathe m'a écoutée, expliqué des choses, m'a donné la sensation d'être aidée. Je suis allée la voir avec plaisir, et en suivant, pendant plusieurs mois. Elle m'a fait du bien.
L'ostéopathe m'a marquée en bien, mais je n'y suis pas revenue, c'était trop fort.
Le doc-labo a été sympa mais je ne l'ai pas rappelé, par flemme.
Les autres je les ai fuis...
Vu le nombre, on peut raisonnablement penser que c'est moi qui ai un problème, qui attends trop d'eux, qui ne sais pas ce que je veux, ou qui ne parvient pas à faire confiance, mais je vais y travailler. Ces jours-ci (comme en tous débuts de cycle) je suis dans une grande bouffée d'optimisme. Je finirai par franchir les barrières qui se dressent devant moi - à moins que ce soit dedans moi.
   

    

par Mitzie publié dans : Médecine
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Lundi 17 septembre 2007
    
Je m'y attendais un peu mais ça ne fait pas moins mal.
Je m'y attendais, et pourtant je tourne et retourne les choses dans ma tête sans parvenir à me calmer. Je mets tout ici en vrac.
  
Ce cycle commencé par un rendez-vous stressant, dans la colère et le désarroi, puis nous a donné un résultat négatif pour le test de Hünher.
  
Le docteur du labo qui m'a fait le prélèvement du test de Hünher était bizarre mais gentil. Il m'a expliqué comment il faisait l'analyse, comment il déterminait le résultat, ce que ça pouvait signifier dans chacun des cas, insisté sur le fait qu'un résultat soit négatif peut vouloir dire plusieurs choses ; que ce n'était pas le bon jour, que pour une raison ou pour une autre ce cycle était mauvais, ou que nous avons un problème à ce niveau. Qu'il faudrait toujours garder espoir. Ca m'a bêtement fait du bien. Je me raccroche à ça.
 
Que ça me déprime et me fait honte de penser que tout l'amour qu'il y a entre Ernest et moi s'arrête peut-être à ça, à une glaire "hostile" de ma part, comme si notre amour n'arrivait pas à passer une barrière que mon corps met en place, idiot de voir ça comme ça, peut-être, mais symboliquement c'est plus signifiant que je ne l'avais pensé au départ, ça me fait mal.
  
J'ai lu les résultats du test de Hünher, mais je en suis pas en mesure d'en analyser tous les paramètres et je n'arrive pas à joindre les sage-femmes entre 14h et 15h, sachant que je me vois mal en discuter dans mon bureau devant mes collègues et que je ne peux pas m'absenter toutes les 3 minutes pendant une heure pour sortir, téléphoner, et tomber sur une sonnerie occupée à chaque fois. Ma parole c'est pire que la hotline de mon FAI ! Pourtant peut-être que le détail des résultats pourrait donner un indice pour savoir laquelle de mes trois hypothèses est la bonne. Tiens je pourrais peut-être appeler le docteur gentil du labo, peut-être qu'il me renseignerait.
  
Ce test est-il vraiment fiable ? Je dois dire que les conditions n'étaient pas idéales : d'abord la sage-femme a déduit d'une écho à J10 que l'ovulation serait à J14, ce qui paraît un peu raccourci à mon esprit logique, surtout que d'après moi ça n'arrive quasiment jamais, mais évidemment je me fie à la tempé et à la glaire, ce qui n'est absolument pas fiable d'après la gent médicale. Je pense qu'ils n'envisageront pas l'hypothèse que ce n'était pas le bon jour, mais moi je garderai le doute. Le follicule croît de 2 mm par jour OK, mais si chez moi c'était seulement 1.8 ? Si ça ralentissait sur la fin ? Si il était expulsé à 25 mm et pas à 21 ? Je n'en sais pas assez pour savoir si tout ceci est plausible, mais tout modèle en biologie me paraît forcément limité, je ne suis pas un coucou suisse. Comme par hasard, ce cycle-ci je n'ai pas réussi à bien déterminer mon ovulation. La température serait plutôt d'accord avec J14, mais le reste me donnerait plutôt J16. Peut-être que le cycle était vraiment mauvais, ce qui ne serait pas étonnant vu l'état de détresse dans lequel j'étais. Est-ce que j'aurai droit à une deuxième chance ? Je ne sais même pas si je le souhaite tant il est pénible d'avoir du sexe sur commande.
  
Mon premier réflexe lorsque j'ai reçu les résultats du test a été de chercher sur les forums pour des "remèdes de grand-mère". Lorsque la glaire est trop acide (ce qu'elle est, sans que je sache si c'est normal, car je crois comprendre que ça pourrait aussi signifier que ce n'était pas le bon jour), on peut boire de l'eau alcalinisante, ça peut aider. Bon ça c'est facile et ça mange pas de pain, je vais aller m'acheter quelques packs d'Hépar.
  
Je dois encore prendre trois rendez-vous pour les prochains examens. Je n'arrête pas d'oublier en alternance mon ordonnance ou mon portable, de sorte que je n'y suis pas encore arrivée. 
J'ai peu apprécié le premier contact avec la docteur qui nous suit. Je me suis demandée si je ne demanderais pas à changer, vu qu'elle n'a passé que 10 minutes à regarder nos analyses, ça ne me paraît pas inenvisageable. En sachant qu'il y a peu de chances de tomber sur mieux, après tout elle fait son boulot. Enfin je crois. Et que je risque de me coller une réputation de pénible. Donc finalement non.
  
Pour mes deux échos j'ai été reçue par la sage-femme pas sympa. Non pas qu'elle soit méchante, mais elle n'invite pas à la confiance, et elle m'a donné un conseil erronné sans le vouloir, me disant que ma prise de sang devait être faite dans un labo où ils posent des cathéters sans me préciser pourquoi, et j'ai compris après que c'était pour le dosage de la prolactine, qui ne m'a pas été prescrit cette fois-ci, heureusement que je le sais sinon j'aurais du rappeler pour demander. Et puis je ne supporte pas qu'on me demande de mettre mes pieds sur les étriers 5 minutes avant de commencer l'examen proprement dit, ce n'est pas une position agréable et je n'aime pas la garder "pour rien". Et puis elle me demande de me rhabiller sans me laisser la possibilité de m'essuyer de tout le lubrifiant qu'elle a utilisé, et après je suis toute mouillée, ça paraît crétin mais ce sont ces petites choses qui rendent tout cela difficile.
  
Si nous avons vraiment un problème, on nous proposera certainement une IAC. Mais je n'en veux pas, pas tant que je n'ai pas compris clairement ce qu'on y gagnerait. Ce test ne montre qu'un symptôme. Tout est lié là-dedans. Si la glaire n'est pas bonne, c'est peut-être la conséquence d'un autre problème, ce n'est pas forcément le fait de passer outre la glaire qui va m'aider. Et puis les stimulations ovariennes me font peur. Et puis la deuxième partie du cycle n'est jamais abordée. Or peut-être que ça n'a aucune importance, ces saignements. Je ne suis pas obtuse, je peux comprendre une explication avec un peu de biologie, et je peux aussi comprendre une remarque empirique du type "nous avons constaté que les femmes qui présentent des saignements même importants en deuxième partie de cycle n'ont pas plus de mal à concevoir que les autres". Tant qu'on refusera de me dire ça, je ne serai pas tranquille. A quoi sert de zapper l'étape A si la E est en panne de toute façon ? Et pourquoi je pense déjà à ça alors que je n'ai pas fini les examens et que je n'en sais rien ?
  
Pour l'instant à chaque fois que j'ai eu un rendez-vous, je suis arrivée en retard au boulot, après avoir dû me lever aux aurores. C'est de plus en plus une certitude, je serai incapable de faire un parcours de soin en travaillant. Trop dur à digérer, trop dur de pleurer dans les toilettes du boulot en arrivant.
  
Et j'en reviens à l'envie et à la motivation. Je crains d'être trop en colère pour que tout ceci soit efficace. Je me surprends à penser que je ne veux pas d'une grossesse dans ces conditions. Que je suis déjà en colère contre le bébé qui ne vient pas, et qu'être en colère contre un bébé qui viendrait mais m'aurait forcé à subir tout ça serait pire que tout. A certains moments je ne sais même pas pourquoi j'ai entamé ce parcours, sinon pour avoir la consicence tranquille, ce qui est crétin.
  
Sur toutes les ordonnances il y a un numéro de psychologue, ça me démange un peu de l'appeler, est-ce que ça va être une personne de plus qui va essayer de me faire rentrer dans le droit chemin, ou est-ce qu'elle pourrait éventuellement intervenir auprès de l'équipe médicale pour qu'ils me donnent plus d'explications, si elle voit que j'en ai cruellement besoin ?
  
Pour finir sur une note positive, je suis très fière d'Ernest et moi, car notre premier rapport "programmé" n'a pas été franchement agréable, alors pour les deux suivants nous avons décidé de prendre les choses en main, nous avons fait des efforts, bougies, musique, film, et ça a été... très bien... même si on était très fatigués le lendemain ! On s'est dit qu'on devrait faire ça plus souvent en dehors de tout test... comme quoi à quelque chose malheur est bon !
  
 
par Mitzie publié dans : Médecine
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Mardi 4 septembre 2007
Comme je déteste chaque pas de ce parcours.
 
Je ne me reconnais plus dans cette colère, ce refus, je me débats dans ma tête comme un beau diable, moi qui me croyais gentille, trop même, influençable, je n'arrive pas à faire confiance, à accepter.
 
Le contraste entre la banalité des situations pour ceux qui nous reçoivent et notre émotion rend tout difficile.
 
Levés plutôt qu'à lordinaire, stressés comme avant un oral, les nerfs à vif, les intestins en vrac, nous on a l'impression de jouer notre vie, notre futur sur les mots qu'on va entendre dans ce haut lieu de la science. Je sais pas vous mais je ne vais pas tous les deux jours à l'hopital. C'est dans un endroit de la ville qu'on ne connait pas, il faut se garer, aller à l'accueil, répondre aux questions, prendre un ticket, trouver l'ascenceur, l'étage, le couloir, la salle d'attente, les toilettes (stressés on a dit). On regarde les gens passer. Oh, la femme d'un collègue... ça va pas rester longtemps confidentiel cette histoire, il y a tant de monde.
 
On ne sait pas si on attend au bon endroit, personne ne semble nous voir. On attend une petite demi-heure, c'est la rentrée, premier rendez-vous de la journée, chacun se remet dans le bain. Elle a l'air sympa, pourvu que ce soit elle... oh non pas elle, elle me plaît pas... et celui-là, je me demande si c'est un docteur, il a l'air bien jeune... Une sage-femme nous demande ce qu'on vient faire, et nous confirme qu'on est où il faut, qu'on va venir nous appeler. Quelques minutes après une autre passe, me demande "Vous avez déjà fait votre prise de sang ?" "Euuuh" "On n'est pas concernés" répond Ernest fermement.
 
Une fois appelés et entrés, un tout petit bureau, et juste à côté un fauteuil avec étrier, ça me déstabilise un peu. Sûrement que ça ne va pas me servir aujourd'hui ? Nooon.
 
Pas de présentation, pas de mise en jambe.
 
Un coup d'oeil à notre dossier si soigneusement préparé la veille. Les résultats labo sont recopiés, je remarque que les courbes de température sont directement écartées.
 
Des questions répondues cent fois, toujours avec les mêmes hésitations. "Vous avez déjà été malade ?" "Des problèmes de santé dans votre famille". Que faut-il mentionner ou pas ? Si on répond à mauvais escient, une petite blague nous fait comprendre que ce renseignement ne servait à rien, nous rappelant au passage qu'on ne comprend rien, que c'est le médecin qui doit s'efforcer de nous soutirer des informations utiles.
 
Pas de diagnostic, mais des remarques étonnantes, qu'elle ne réalise pas que je vais retourner mille fois dans ma tête d'ici le prochain rendez-vous. "Vous ovulez bien mais vos ovaires semblent un petit peu fainéants" (euuh)  "Il semble que votre stock d'ovules soit un petit peu diminué" (Il diminue chaque mois, mais j'imagine que "un petit peu diminué" signifie ici "trop diminué" ? à 27 ans ??)
 
Je n'ai pas la présence d'esprit de demander des explications plus précises sur tout ça, mais je pose les questions que j'avais préparées.
Elles resteront sans réponse, malgré mes efforts pour les ramener sur le tapis sous différentes formes, mais je ne suis jamais assez directe, jamais assez pénible.
Les saignements ? C'est hormonal, ça n'a rien à voir, c'est pas grave. (?)
J'essaie de donner rapidement plus d'informations dessus, pour qu'elle se rende compte, peut-être qu'elle croit que ce n'est que du spotting qui dure 3 jours, mais visiblement ça ne change rien. J'insiste, ça m'inquiète, vous pensez que ce n'est pas lié aux problèmes de fertilité ? Parce que bon, c'est pas glamour, et ça dure la moitié du cycle, j'insiste encore pour faire comprendre que ce sont des saignements assez importants, enfin je trouve.
Elle semble se raviser, me signe une ordonnance sans rien dire.
Je la prends sans comprendre. Puis tilt.
"Mais vous pensez que ça n'a rien à voir avec la fertilité, vous me donnez ça pour mon confort ?"
Air étonné de sa part "Oui, c'est vrai que ce n'est pas très agréable", elle pense me faire une fleur sans doute.
 
Et voilà, j'ai réussi à passer pour une chochotte. Hors de question que je prenne des hormones de "confort" ! Je jette un oeil à l'ordonnance, choc, du Lutényl, c'est ce que ma mère prend pour atténuer les effets de sa ménopause.
 
Je n'ai pas le temps de réagir que j'ai trois autres ordonnances entre les mains. Une prise de sang, un suivi d'ovulation, une hystéro-salpingographie, je m'y attendais, je connais tout ça. Mais je refuse de me lever tant que je n'ai pas tout bien compris. "C'est quoi ? Ca se fait où ? Il faut que je prenne rendez-vous ?"
Encore un air un peu étonné de devoir expliquer les évidences "Pour la prise de sang, dans un labo, pour le suivi, c'est ici, appelez les sage-femmes entre 14h et 15h, pour la radio, dans un cabinet de radiologie" "Je n'en connais pas, vous pouvez m'en indiquer un ?" Air offusqué "Non. Je n'en ai pas le droit. Prenez n'importe lequel". "Ici ?" haussement d'épaules "Si vous voulez."
 
"Reprenez rendez-vous avec moi, vous aurez un rendez-vous dans deux mois, entre temps faites bien tout ça, et là on verra si on peut vous proposer quelque chose".
 
On se retrouve dehors un peu absaourdis. Ca a bien duré 20 ou 30 minutes quand même, mais je n'ai rien vu passer. La sage-femme gentille qui nous avait parlé tout à l'heure nous demande si on a tout bien compris, nous dit de ne pas hésiter à rappeler pour poser des questions. Reconnaissante, je lui dis oui, je le ferai, d'ailleurs je dois rappeler à 14h pour prendre un rendez-vous avec vous. Elle me propose d'un air enjoué de le faire tout de suite. Vous en êtes à combien ? Rendez-vous demain vessie vide, pour l'écho de base.
 
Et voilà. On se retrouve dans la voiture, on ne sait pas trop quoi dire, Ernest sent ma déception, il est déçu, désolé de n'avoir pas su intervenir pour m'aider à obtenir les infos, me promet qu'il fera mieux la prochaine fois. Je ne veux pas pleurer, il doit maintenant aller au boulot, il est 10h, il est en retard, pas de café avec ses collègues, il va falloir qu'il arrive à se plonger directement dans le travail. Il me laisse rentrer à pied pour partir au boulot, et je laisse enfin couler mes larmes.
 
Un pas, on n'a fait qu'un pas, en se tenant très fort la main, mais aussi instables l'un que l'autre, et déjà je nous sens vaciller. On aurait tant aimé un mot d'espoir, un signe qui montre qu'elle sait ce qu'on vit, et ce que ça représente pour nous devenir la voir, mais c'est un médecin, c'est son métier qu'elle fait, on ne peut pas exiger d'elle plus que ça. Je dois faire confiance. Qu'importent les mots, je me répète, l'essentiel c'est que les examens vont être faits.
 
Mais comment faire confiance sans comprendre ?
 
Je comprends maintenant tous ces blogs qui détaillent les rendez-vous, les traitements. Ecrire pour digérer... je sens que je n'ai pas fini de gratter mon clavier.
  
par Mitzie publié dans : Médecine
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